L’enjeu des Directions est aujourd’hui de relancer l’activité de leurs entreprises et, tout particulièrement, de remobiliser leurs salariés dans un contexte sanitaire et économique fortement bouleversé et encore très incertain.

Les échanges quotidiens que nous avons avec les salariés de nos clients nous permettent d’affirmer que, plus encore que d’ordinaire, ils ont besoin d’être rassurés, considérés, reconnus, mobilisés et accompagnés. De la prise en compte de ces besoins découlera leur engagement dans leur travail et vis-à-vis de leur entreprise.

En dépit de leur caractère empirique, il nous semblé utile de partager les quelques réflexions et points de vigilance qui suivent.

Même si cette crise inédite impacte tout le monde (et ce n’est pas là qu’une simple formule), les vécus et les impacts apparaissent très divers, fonction du profil psychologique de chacun mais aussi et surtout de situations objectives très variées.

On peut identifier 3 grands cas de figure. Selon leur secteur d’activité et l’appréciation/pondération par leurs dirigeants des différents risques et enjeux, certaines entreprises n’ont jamais arrêté de travailler et ont même parfois intensifié leur activité. D’autres ont en revanche tout arrêté dès l’annonce des premières mesures de confinement. La plupart ont limité fortement leur activité terrain et favorisé au maximum le télétravail.

Ces différentes situations ont eu des conséquences directes sur la situation objective des salariés et sur leur vécu de la crise :

  • Pour les salariés en télétravail (le plus souvent des cadres, ingénieurs, développeurs… et fonctions supports), même si la plupart perçoivent le respect du confinement comme un acte citoyen de protection des plus fragiles, le vécu est bien évidemment fonction des conditions du confinement (en famille ou isolé, logement plus ou moins compatible avec les différents besoins familiaux, l’école à la maison, le partage des rôles dans le couple, la présence ou non d’un jardin/balcon, les modalités mises en oeuvre de communication et de soutien managérial à distance…).
    Pour ce qui est du rapport au travail, les vécus recueillis vont de l’ennui/sous-charge à la saturation/surcharge, avec une surexposition au travail allant parfois jusqu’au ressenti d’une forme d’aliénation (grande difficulté notamment à préserver une sphère de vie privée, même si certains apprécient, comme une sorte de contrepartie, le fait d’avoir paradoxalement des échanges beaucoup plus fréquents qu’à l’accoutumée avec leurs collègues et même leur Direction).
  • Pour les salariés qui ont continué à travailler sur le terrain, parfois en contact avec un public plus ou moins reconnaissant et respectueux : certains ont eu le sentiment désagréable d’être « exposés » par des personnes « planquées en télétravail », d’autres le sentiment exaltant de contribuer au bien commun, la fierté d’amener une contribution utile pour la survie de leur entreprise, d’œuvrer pour la France ou plus largement pour l’humanité… Ce sont parfois les mêmes.
    Ils auront dû dépasser/gérer leurs peurs et auront mis en place/acquis/adapté des modes opératoires leur permettant de travailler en se préservant au mieux dans ces conditions. Il sera important de penser à les reconnaître pour cet engagement et à valoriser cette expérience pour aider les autres à reprendre en sécurité.
  • Pour les salariés qui ont été mis en congé et/ou en activité partielle : certains expriment le sentiment douloureux de se sentir inutiles ou d’être perçus comme tels, voire de subir une forme de déclassement.
    Beaucoup attendent la reprise avec impatience alors que d’autres l’appréhendent avec angoisse. La remise en cohésion des collectifs de travail constituera un défi qu’il ne faut pas sous-estimer.

Le document proposé ci-après constitue la première partie d’une réflexion destinée à aider les Directions, managers, acteurs RH et préventeurs à accompagner la reprise d’activité et essaie de mettre en exergue les principaux besoins des salariés ainsi que des points de vigilance essentiels à prendre en compte.

La seconde partie, qui sera présentée en début de semaine prochaine, abordera, de manière plus opérationnelle, des pistes de bonnes pratiques.

Par Catherine LEDRU, dirigeante d’EPISTEME